1976 - Jonas qui aura vingt-cinq ans en l'an 2000 > Dossier médias > Contexte
Analyse Critique Contexte Par A. Tanner

 

Contexte historique

"Jonas" est le cinquième long métrage de fiction de Tanner et sa cinquième collaboration avec l’écrivain anglais John Berger. Alors qu’avec son précédent film, "Le Milieu du Monde", Tanner voulait rompre avec les paysages (Genève et ses environs) et les personnages habituels de son cinéma, "Jonas" représente, au contraire, pour lui un retour à ce qu’il appelle son "petit théâtre personnel", celui de "Charles mort ou vif" (1969), de "La Salamandre" et de "Le retour d’Afrique" (1973). Conçu comme une "tragi-comédie dramatique de science-fiction politique", Jonas reprend en effet ses personnages familiers, mais sur le mode d’une allégorie à huit têtes de la persistance de l’esprit de mai : « Tous les personnages de Jonas ne sont pas vraiment des personnages, ce sont des métaphores sur deux pattes... Ce n’est pas un film au premier degré dans une réalité, ni naturaliste, ni réaliste, c’est un film beaucoup plus au niveau de l’allégorie. » Tanner cherche ainsi à empêcher toute identification aux personnages, permettant au spectateur de garder une distance critique par rapport à eux. Il fait aussi de son récit une « suite de scènes sans liens directs très apparents mais qui viennent peu à peu se "souder" entre elles par des rapports de sens jusqu’à former un faisceau (dont les lignes sont les "prophéties" des personnages) qui vient boucler la fable à la fois au plan du contenu et de la forme ». C’est que pour lui, « si un cinéaste veut changer le monde, il doit commencer par changer le cinéma. »

L’écriture du scénario se fait en fonction des acteurs choisis pour incarner les huit "Ma", acteurs qui ne seront contactés que six mois plus tard. Pour Tanner, « les acteurs inspirent le film plus qu’ils ne le font. » Le travail d’écriture avec Berger se fait selon une répartition précise des rôles : Tanner rédige seul le script et les dialogues à l’issue d’une série de discussions avec Berger, ce dernier intervenant à nouveau pour des corrections. « Nous ne nous disputons jamais. Mais j’ai une sorte de droit de veto, parce que je suis celui qui doit faire le film. »

Le tournage d’une séquence du film est filmé par des membres du Filmkollektiv de Zürich (sous la supervision d’Urs Graf, Hans Stürm et Mathias Knauer), en vue d’un documentaire, "Cinéma mort ou vif?" (1978), sur les méthodes de travail de Tanner. A Genève, en mai 1976, un député du parti Vigilance dépose une motion devant le Grand Conseil pour réclamer que soient supprimées toutes les séquences tournées au collège Calvin, et que « les établissements scolaires ne soient plus compromis, à l’avenir, avec des spectacles douteux, voire franchement nocifs ». Il est finalement débouté. Jonas est une coproduction franco-suisse dont le coût s’élèvera à 1'200'000 fr.

Près de vingt-cinq ans plus tard, Tanner reprend le personnage de Jonas, parvenu à l’âge adulte, dans "Jonas et Lila, à demain".

Sources : André Chaperon - "Histoire du cinéma suisse de 1962 à 2000" sous la direction d'Hervé Dumont et de Maria Tortajada - Editions Cinémathèque suisse et Gilles Attinger - 2007

Mise à jour le Jeudi, 06 Octobre 2011 13:44